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Elargir l’Europe ?

 

 

Le sommet de Copenhague a vu l’Europe s’étendre à dix nouveaux partenaires. Le plus grand élargissement de l’Union Européenne depuis sa naissance. Le plus mal préparé et le plus mal pensé également.

Pour notre part, nous n’avons pas d’objection à créer une Europe de Gibraltar à l’Oural, mais il faut d’abord se mettre d’accord sur quelle Europe nous voulons. Or non seulement, la réponse est plus qu’ambiguë, mais on fonce sans savoir où l’on va, comme un train fou dans le brouillard.

Giscard d’Estaing, s’est cru obligé de dire qu’il avait brusquement pris conscience de l’immensité et de l’urgence de la tâche de la Convention Européenne qu’il préside: décidément, un nouvel accès de lucidité de sa part, après sa déclaration politiquement incorrecte sur la Turquie. Il est vrai qu’au vu de sa rémunération et des avantages de sa fonction, on n’en attendrait pas moins.

Les différences de niveau de vie sont énormes entre les membres actuels et ceux qui intégreront l’Union en 2004: en termes de PIB, ils sont environ quatre fois moins riches que les actuels membres de l’Union, et même huit fois, si on les compare au Luxembourg...

Cela signifie concrètement que les anciens membres – c’est à dire nous – vont devoir payer pour relever le niveau de vie des nouveaux adhérents. Et cela durant de très longues années. La situation n’est pas du tout comparable aux précédents élargissements. Les estimations publiées par la Commission quant au coût sont totalement fantaisistes et très largement sous-estimées. Jusqu’ici, le Hainaut a bénéficié des aides européennes: dorénavant, il devra sans doute payer pour  les nouveaux venus.

La politique agricole commune (PAC) était contestable et contestée. Elle engloutissait près de la moitié du budget de l’Union. L’élargissement à 10 pays, essentiellement agricoles, va rendre cette PAC intenable et impayable, malgré les aménagements. C’est donc contraints et forcés que la PAC devra être abandonnée, mais remplacée par quoi? Il n’y a aucun projet sérieux pour la remplacer. On peut s’attendre, dès lors, à un nouveau bain de sang agricole.

Les institutions européennes fonctionnent mal. Ce n’est un secret pour personne. Et ce n’est pas l’élargissement qui va améliorer les choses: un processus de décision majoritaire peut faire fi des intérêts vitaux d’un pays membre. Le Parlement va s’éloigner encore un peu plus de ses électeurs et les parlementaires européens perdront beaucoup du peu d’influence qu’ils possédaient. Notre pays n’aura bientôt plus de représentant au sein de la Commission. Mais le pire est à craindre de la tour de Babel linguistique résultant de l’élargissement: il faudra, par exemple, des traducteurs estonien-gaélique et maltais-letton ! La croissance des services de traduction-interprétariat est exponentielle et vu le nombre de langues officielles, le système va devenir ingérable... et impayable!

De nombreux polonais travaillent déjà – souvent au noir – dans notre pays, pour des salaires dérisoires. L’ouverture des frontières et la libre circulation des personnes vont accentuer le phénomène. De nombreux Belges vont perdre leur emploi, vu la concurrence de cette main d’œuvre à bon marché. Et que les employeurs ne se réjouissent pas trop vite: ils subiront les effets de la hausse du chômage via une augmentation des cotisations sociales.

Quant aux délocalisations, le phénomène ne fera que s’amplifier: on se souvient de la fermeture de Renault-Vilvorde, au moment où Renault ouvrait une nouvelle chaîne de montage en Slovénie...

Il est significatif également que l’élargissement de l’OTAN se fasse quasi simultanément avec celui de l’Union Européenne. D’autant que les nouveaux adhérents à l’OTAN comptent se ré-équiper essentiellement avec du matériel américain: le coût de l’élargissement que nous allons supporter ne va-t-il pas financer avant tout l’acquisition massive de matériel militaire d’Outre-Atlantique?

Enfin, cet élargissement se fait par dessus la tête des populations, sans réel débat. Après le référendum irlandais à répétition, dans combien de pays va-t-on demander l’avis de la population? Et si on le lui demande et qu’elle refuse, combien de fois répétera-t-on la question? Jusqu’à ce que oui s’ensuive, sans aucun doute. Parler de « déficit démocratique » est vraiment un euphémisme!

Quant au problème de la Turquie, la réponse donnée à Copenhague est vraiment catastrophique: devant les réticences de l’opinion, on a adopté la technique du saucisson, ou plutôt du doigt dans l’engrenage...

Entendons-nous bien, nous n’avons rien contre les nouveaux venus – sauf la Turquie qui n’est pas européenne –, mais cet élargissement est trop rapide, mal pensé, et surtout est tout sauf démocratique.

François-Xavier ROBERT

 

(Bastion n°67 de Janvier 2003)

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